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La maladie du commissaire

 

Georg Maag a résumé d'une façon admirable, dans la revue Horizonte» (4, 1999), la trame de La malattia del commissario (paru en 1994 aux éditions Sellerio): «Le commissaire Leandri, qui souffre d'une maladie métaphorique due à son incapacité d'expliquer l'existence et la possibilité même du mal dans le monde, est appelé à diriger l'enquête sur le meurtre (ou le suicide?) de son ancienne camarade d'école Enza Gorla. Ses rencontres avec les suspects se transforment en une confrontation déconcertante avec sa génération, une vraie "descente aux enfers". Il s'agit de vieux copains d'école, tous participants aux émeutes estudiantines dans les années Soixante. L'enquête ne permet pas à Leandri de découvrir le coupable, mais lui révèle la douloureuse transformation de sa génération à la fin du mouvement étudiant.»
      Des observations semblables (mais s'attachant plus aux conditions sociales italiennes) ont été exprimées par Titus Heydenreich (in Carlo Levi. Il tempo e la durata, Fahrenheit 451, Roma, 2000, p.139):«La malattia del commissario: probablement un roman enquête, mais la volonté de l'auteur va bien au delà, puisque l'action est un exemple de la vanitas vanitatum de la bataille d'un solitaire contre le mal. Leandri, le commissaire, prévoit dès le début de ne pas pouvoir résoudre l'énigme de ce nouveau crime dans la capitale lombarde. La "maladie" consiste en ce fait que le protagoniste ne peut pas et ne veut pas se résigner à la prédominance du mal qui a envahi la nation entière. Il ne s'agit pas d'un hasard si les réflexions les plus profondes de Leandri se développent durant voyage en train () Il serait injuste de parler de vituperatio patriae: il s'agit d'un regret, qui rappelle les vers, non moins tristes, que Leopardi crée pour l'Italie après l'humiliation subie au Congrès de Vienne».
      Au cours d'une interview à «La Notte», De Marchi avait révélé, qu'à l'origine, il aurait voulu écrire un roman sur sa génération, mais qu'ensuite le problème du mal et le sens de l'action humaine avaient pris le dessus: «L'idée de base était d'écrire un roman contre, plus encore que sur ma génération. Mais au fur et à mesure que le roman prenait forme, je me suis rendu compte de combien la notion de génération est vague et trompeuse (). Un policier, comme un médecin ou un écrivain, est un homme "d'ordre": il essaie de chercher la raison d'un fait et de la combattre; un médecin fait la même chose quand il veut guérir un malade; et même un écrivain lutte contre le désordre de la langue (). Malheureusement, le monde réel semble tolérer l'ordre seulement en tant qu'une exception: d'un petit vol à l'énormité de la guerre, d'un rhume banal à une épidémie, du balbutiement des enfants à la confusion des voix des hommes, en effet, la normalité est continuellement compromise par la présence du mal. Ceux qui s'en aperçoivent contractent la même maladie que le commissaire Leandri.»
      Le mal, ou, si l'on préfère, le désordre, semble donc occuper de plus en plus le centre des intérêts de l'auteur. Et le fait que, au cours de l'interview, le médecin soit l'un des exemples cités représente peut-être une anticipation du roman suivant, Una crociera. Malgré la simplicité de sa structure, qui se base sur la rencontre du protagoniste avec de nombreux personnages, La malattia del commissario offre au lecteur une grande variété de caractères, situations, structures linguistiques et stylistiques, tenus par le discours indirect libre, continu et presque obsessionnel, du commissaire. Même là, où la crudité de la situation ou du langage pourrait faire penser à une intention de réalisme de l'auteur, la présence de l'il anxieux du protagoniste démontre, une fois de plus, que toute la narration créée par De Marchi subit le filtre déformant, mais vital, d'un sujet. Et à travers ce filtre nous pouvons percevoir les zones d'ombres de ces dernières années: l'extrémisme politique, l'utopie, la drogue, le sexe, l'arrivisme social et son cinisme, le reflux idéologique et l'impuissance de la rancur.
      Parmi les personnages de ce roman, il y a un architecte écervelé, Leone Prizzi, qui s'enrichit en projetant d'horribles constructions pour des nouveaux riches de la province lombarde; grâce à ce personnage dont la langue est bien pendue, l'auteur a même affirmé qu'ici il a «réussi pour la première fois à écrire un discours direct souple, un curieux mélange de langue savante et de langue parlée». Leone Prizzi a servi de modèle à Carlo Marozzi, le personnage principal du roman Il talento.

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